Commentaire sur la dégradation de la note souveraine française par l’agence Fitch

Par Mabrouk Chetouane, Directeur stratégie marchés internationaux chez Natixis Investment Managers Solutions

La dégradation de la note de la dette publique française par l’agence Fitch (de AA- à A+) intervient seulement deux jours après la nomination du nouveau premier ministre Sébastien Lecornu. L’agence appuie sa décision sur une projection du ratio dette/PIB à 121% à horizon 2027 (soit une augmentation de près de 8 points de pourcentage en 3 ans) et une fragmentation du paysage politique qui réduit la gouvernabilité du pays et donc l’élaboration d’une feuille de route budgétaire.

Cette dégradation soulève un point central, celui de la crédibilité du prochain gouvernement à produire un projet de loi de finances destiné à contenir la trajectoire des déficits et in fine celle de la dette. Les hypothèses retenues par Fitch laissent entendre que la France se trouverait dans une forme d’impasse dans la mesure où aucune réduction du déficit structurel n’est attendue sur cet horizon. Cette décision sous-entend par ailleurs que le gouvernement Lecornu ne parviendra pas à produire un PLF permettant la compression des déficits.

Pourtant ce raisonnement n’est pas celui tenu par des marchés financiers dont l’appréciation de la situation française n’a pas significativement changé depuis la dissolution de l’Assemblée nationale. Les émissions du Trésor se sont toujours déroulées sans encombre, les prix des CDS ont fluctué de manière marginale, et le spread franco-allemand continue de s’établir autour de 80pb. Dit autrement, les investisseurs estiment que la situation française ne s’est pas détériorée au point de justifier une prime de risque encore plus élevée. Par ailleurs, les investisseurs ont certainement compris que l’élaboration d’un gouvernement et la mise au point d’un projet de loi de finances visant à satisfaire les objectifs de correction de trajectoire de déficit tout en évitant la censure relèvent du prodige. Si Sébastien Lecornu parvenait à ce tour de magie, la réaction des marchés serait sans nul doute positive et la prime exigée par le marché se réduirait. Pour l’heure, le taux de l’OAT a atteint 3,51% soit 1 pb de plus que le niveau des taux observés vendredi à la clôture des marchés et avant l’annonce de Fitch.

Comme à leur habitude, les agences de notation arrivent après la bataille, ou pire encore, jettent de l’huile sur le feu. La capacité de la France à se refinancer, qui au fond constitue l’unique préoccupation des investisseurs, n’est à ce stade pas remise en cause, ni par les investisseurs résidents ni par les non-résidents, qui y voient très certainement une opportunité d’investissement.

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